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 Punto Final Félicie Dubois Ed. Jean-Paul Bayol, 2010. En Argentine, Punto Final est la loi d’amnistie qui efface les crimes commis sous la junte militaire des années 1977. Elle a été promulguée par Carlos Menem pour éviter les longs procès, les délations, l’ouverture d’archives douloureuses. Elle a été créée pour protéger les dignitaires de l’opprobre et de la justice. Aussi a-t-elle rendu le pays amnésique de sa propre histoire. Or, écrit Félicie Dubois, « nous n’oublions pas, nous ne pardonnons pas, la mémoire est la seule justice qui nous reste ». Alors, elle raconte l’histoire de Sofia, une étudiante de 22 ans, qui a grandi dans un monde surprotégé : un père militaire, une mère à l’Opus Dei, un oncle prélat qui lui faisait réciter ses prières comme à un singe savant. Et puis, au cours d’un dîner, une gaffe lui fait comprendre qu’elle a été adoptée. De qui est-elle l’enfant ?
Elle va à l’hôpital pour la prise de sang qui lui donnera sa véritable identité. Le roman commence comme ça. Elle doit attendre trois mois pour avoir le résultat : longue période pendant laquelle la réalité se dévoile jour après jour –non plus celle qu’elle tente de comprendre avec sa psychanalyste, Carmen- mais la réalité historique, terrible ; celle des tortures et des rapts d’enfants. Aux subversifs, on enlevait les enfants pour éviter qu’ils se multiplient et que la subversion salisse la grande civilisation chrétienne de l’Argentine éternelle. Le lecteur a compris assez vite ce qui adviendrait à Sofia. Il n’en demeure pas moins sidéré de page en page, animé par l’empathie pour Sofia, conduit par une narration sans bavardage. La psychanalyse ne sert sans doute à rien tant qu’on ignore l’histoire qui nous a modelés, l’Histoire dans laquelle nous nous inscrivons. N’est-ce pas le rôle de l’écrivain que de réinscrire le personnage au cœur des événements pour qu’il devienne une personne à part entière ? Une scène étrange place Sofia en face d’un auteur qui la reconnaît. Le passage semble plaqué sur le récit. Il est pourtant la clef du roman : le travail de mémoire passe par l’écriture. Il n’est jamais inutile ni futile de le rappeler. L’Argentine sombre, ou a sombré dans le refus de son histoire. « Il était une fois une promesse nommée Argentine, reprend-elle en plongeant une petite cuillère dans la confiture de lait. Un pays si fertile que la plus petite graine y poussait sans effort. Que s’est-il passé ? - Les pères ont mangé les raisons verts et les dents des fils ont été agacées, répond Sofia d’un ton docte coupant court à la conversation. » Plus qu’un livre politique qui nous ouvre des pages sombres d’une histoire si proche de nous, Punto Final est un roman qui souligne la nécessité du souvenir. Cacher ou occulter ou amnistier restent trois façons de se mentir. |